Monday, July 18, 2011

Carel Pèdre invité d’honneur

Invité d’honneur à la formation « initiation au journalisme web » organisée au Centre opérationnel des médias à Port-au-Prince, Carel Pèdre a expliqué, dans l'après midi du 18 juillet, son utilisation des réseaux sociaux.
Carel Pèdre (à gauche) et Elodie Vialle de Youphil/Solidar'IT
Considéré aujourd’hui comme une star des médias, Carel Pèdre travaillait comme un forcené pour envoyer des photos et des témoignages sur son Twitter via le service TwitPic quelques heures après le violent séisme du 12 janvier 2010 et du chaos qui a suivi la catastrophe. Certaines de ces clichés qui montraient l'ampleur de la catastrophe ont été reprises par CNN, Los Angeles Times, Le Metro et Washington Post qui s'en était servi d'une d'entre elles pour sa Une.

Le séisme a surpris M. Pèdre dans sa voiture coincée dans les embouteillages habituels de Pétion-Ville quand la terre a tremblé il y a dix-huit mois. A l'instar des centaines de milliers des personnes qui cherchaient à se mettre à l'abri, il est sorti de son véhicule et a marché dans les rues en ruines et pleines de cadavres pour rentrer chez lui et s'assurer que Khara, sa fille unique, âgée d'un an à l’époque, se portait bien. Rassuré de la retrouver saine et sauve, Carel Pèdre commençait d'arpenter les rues et raconter la catastrophe digne d'un film d'horreur.

« Je publiais les premières images sur Twitter juste pour dire au monde que je suis vivant », a expliqué Pèdre qui intervenait à la formation « initiation au journalisme web » organisée par l’association française Solidar'IT avec le soutien de Reporters sans frontières, Fondation de France, Unesco et le groupe Medialternatif. Quand les réseaux téléphoniques étaient réduits au silence, il ne restait que Carel Pèdre comme point de contact pour les médias internationaux en Haïti. « La réaction mondiale était spontanée », se souvient celui qu’on considère grâce à un Twitte comme « l’œil d’Haïti ». Mon ami Marven, a-t-il expliqué, m’a retwitter et des gens commençaient à me contacter via Skype. 

Carel Pèdre a obtenu, l’année dernière, un prix à New-York pour son utilisation du site micro-blogs Twitter afin de tenir le monde informé des suites du meurtrier séisme du 12 janvier. Passionné des nouvelles technologies, cet ancien responsable de rédaction de Spotlight (magazine people édité par Le Matin) est foncièrement accroché à son iPhone et à son laptop. Même dans le métro. Ces sont ces atouts technologiques, justement, qui permet à Carel Pèdre, originaire de Port-au-Paix (ville côtière et enclavée d'Haïti) de recevoir un prix dans la catégorie "humanitaire" lors de la seconde remise annuelle des Shorty Awards. Un prix pour récompenser "l'excellence sur Twitter". 

Plus d'infos sur:
www.goudou-goudou.net/fr/formation

Thursday, July 14, 2011

Journalisme web, nouvelles sessions programmées au COM

Le Centre opérationnel des médias accueillera du 18 au 29 juillet 2011 une deuxième série de sessions de formation à l’attention d’une douzaine de journalistes haïtiens sur l’utilisation professionnelle du web et du multimédia.
Une session sur le montage sonore au Centre opérationnel des médias

Cette nouvelle série se tiendra, moins d’un mois après la première qui a eu lieu du 31 mai au 9 juin derniers à l’initiative de l’association française Solidar-IT en partenariat avec Reporters sans frontières, Groupe Medialternatif, Fondation de France, l’Organisation des Nations Unies pour l’Éducation la Science et la Culture (UNESCO) et Youphil.com. 

L'utilisation des réseaux sociaux pour s'informer et diffuser l'information, la prise de son, la retouche photo, mais aussi la découverte et l'expérimentation de nouveaux formats web, comme les diaporamas sonores constitueront le contenu de la nouvelle série de formation ouverte aux journalistes de divers médias de Port-au-Prince.

Tuesday, July 5, 2011

Haïti, la révolution du web est-elle en marche?

« Partir à la conquête des internautes », la formule s'impose dans le paysage médiatique haïtien où journaux, radios et télévisions passent progressivement au web. Épiphénomène ou véritable tendance de fond dans la moitié-île caribéenne ? 

Par Claude Gilles

« Malgré l'extrême précarité des conditions de vie des Haïtiens et le coût relativement élevé pour une connexion internet, le nombre de client n'a cessé d'augmenter chez les fournisseurs », s'étonne Jhonny Célicourt, gérant responsable de Kitelmache.net, un magazine culturel en ligne. Dans le bouillonnement qu'est la Toile, les médias traditionnels haïtiens passent progressivement au web. Cette ruée vers les nouvelles technologies est particulièrement motivée par la diaspora haïtienne qui représente plus de 2 millions d'habitants majoritairement concentrés aux États-Unis et au Canada, avec un accès plus garanti à Internet. « C'est une clientèle non négligeable pour les médias traditionnels, analyse Célicourt, pianotant sur un Mc book-pro. Cela a donc provoqué un engouement, d'abord, chez les stations de radio, ensuite, les journaux, à se frayer une place sur la Toile ». Cet engouement, poursuit l'expert en communications technologiques, s'explique aussi par le fait de que les médias veulent se mettre au diapason pour ne pas rater le train du futur. Ils se rendent compte que la morosité de la situation économique ne ralentit nullement l'essor du Web chez nous.

Les nouvelles technologies ont été introduites, il y a une décennie, dans les médias haïtiens. « Au début des années 1990, les médias haïtiens étaient encore confinés à l'utilisation intensive du papier, de cassettes audio et de mini-disques dans leur fonctionnement quotidien », selon une étude menée par le groupe Medialternatif pour le compte de Panos Caraïbes. « Force est de constater qu'une révolution s'annonce avec l'insertion progressive des ordinateurs, courriels, accessoires et autres gadgets électroniques dans les réalités médiatiques, qu'il s'agisse des publications écrites, des stations de radio et de télévision, mais bien sûr des médias électroniques/Internet qui diffusent de l'information et annoncent des produits commerciaux exclusivement en ligne », note Medialternatif dans son rapport. « Les avancées technologiques risquent fort de devenir plus rapides dans les médias en Haïti que dans d'autres pays de même niveau économique », prédit ledit groupe dans les conclusions de l'étude sur la situation et les relations objectives entre les médias et les technologies de l'information.

Considéré comme le Berlusconi haïtien en raison du nombre de médias dont il est propriétaire ou copropriétaire, Patrick Moussignac pense que l'Internet, initié entre 2001 et 2002 à Radio Caraïbes, a favorisé l'expansion d'une communication interne entre les journalistes en mesure, désormais, de transmettre leurs textes, via le réseau interne, au directeur de l'information. « Même les régisseurs doivent savoir comment utiliser l'Internet. Le pré requis, pour trouver aujourd'hui un emploi comme opérateur, est de savoir manipuler un ordinateur. Toute la musique est concentrée maintenant dans un hard drive, l'opérateur doit être en mesure de 'clicker', de se rendre dans un dossier pour chercher facilement la chanson désirée cataloguée, suivant sa spécificité, dans un registre déterminé », avertit-il.

Le Prix Découvertes RFI en 2006 a été remporté par le jeune chanteur Jean Bélony Murat, alias BélO, grâce aux internautes haïtiens, souligne Patrick Moussignac dans le rapport que Panos Caraïbes s'apprête à publier. Le vote sur Internet lui a donné une avance considérable sur ses deux concurrents. Le Cameroun et les autres pays africains ont aussi accès à l'Internet, mais, suivant l'hypothèse de Moussignac, les Haïtiens utilisent beaucoup plus l'Internet, comme en témoigne la fréquentation des cybercafés toujours remplis. En 2008, sur 1000 habitants, 12 personnes possédaient une ligne téléphonique fixe, 354 personnes disposaient d'un téléphone mobile, tandis que 110 personnes ont eu accès à Internet, d'après le Document de stratégie nationale pour la croissance et la réduction de la pauvreté (Dsncrp).

L'écriture web
La frénésie qui s'empare de l'ensemble des médias traditionnels n'oblige pas seulement les régisseurs à s'adapter. Les rédacteurs aussi. « Il n'y a pas d'école de journalisme ou de facultés en Haïti qui disposent dans leur curriculum de cours visant à inculquer aux étudiants les notions fondamentales relatives à l'écriture du Web », a fait remarquer Jhonny Célicourt, rodé à la faculté des sciences humaines de l'Université d'État d'Haïti, avant une spécialisation aux États-Unis. En conséquence, la majorité des textes sur le Web s'apparente à la presse écrite, tant au niveau de la structure (format, sémantique, morphologie) qu'au niveau du contenu. « La version sur Internet de Le Nouvelliste aura une certaine autonomie par rapport à la version sur papier avec l'introduction prochaine de portions audio et vidéo dans les prochains mois », promettait Max Chauvet, le propriétaire du quotidien plus que centenaire, dans le rapport de Panos Caraïbes. Alors que les rues de la capitale haïtienne regorgeaient encore de cadavres en putréfaction suite au violent séisme du 12 janvier 2010, il se démenait comme un diable dans un bénitier pour garder le journal en vie sur le web et arrive même à développer les vidéos... Une bonne manière de pallier les difficultés de distribution de l'information du journal imprimée pendant les trois premiers mois qui ont suivi la catastrophe.

Le web peut être une solution pour acheminer l'information malgré tout, croit Solidar-IT, une association française qui s'associe à l'effort de reconstruction des médias avec un projet sur l'utilisation professionnelle du web et du multimédia. L'utilisation des réseaux sociaux pour s'informer et diffuser l'information, la prise de son, la retouche photo, mais aussi la découverte et l'expérimentation de nouveaux formats web, comme les diaporamas sonores étaient au programme des formations organisées du 31 mai au 10 juin 2011 au Centre opérationnel des médias à l'intention d'une quinzaine de journalistes. Le projet soutenu par youphil.com, Reporters sans frontières, Fondation de France, Unesco et Medialternatif était accompagné d'une session de réflexion et de débat sur les nouveaux enjeux éthiques posés par le web. Jusque-là, certains journalistes s'inspirent de confrères internationaux de la presse en ligne pour se familiariser avec certaines techniques de base (insertion de liens, aération de textes, portfolios sonores, vidéos courts, etc.).

Les obstacles au développement des rédactions web sont également liés au nombre de webmasters qui se sont délocalisés aux États-Unis, au Canada ou en Europe à la suite du violent séisme du 12 janvier 2010, qui a fait plus de 200 000 morts dans le pays. La connexion Internet relativement chère en Haïti (une heure dans un cybercafé coûte 1 dollar américain, ndlr) où le taux de chômage atteint plus de 65 % de la population active pose aussi problème.

Pour les médias communautaires, établis en des espaces très éloignés des centres administratifs et confrontés à des difficultés de toutes sortes, souligne le groupe Medialternatif, l'Internet aide à sortir de l'isolement en leur donnant accès aux informations nationales et internationales. De même, l'Internet améliore le champ de communication des médias communautaires dont les membres sont en mesure maintenant de conclure rapidement, via le courriel, des rendez-vous de réunion ou de formation, sans avoir à se déplacer. « Dans ce sens, cet outil technologique raccourcit le temps consacré à la préparation et à la mise en oeuvre d'une quelconque activité », s'est réjouit Sony Estéus, directeur des programmes à la Sosyete animasyon ak kominikasyon sosyal (Saks), un réseau de 35 radios communautaires.

L'ère des radio-web
La saturation de la bande FM ouvre la voie aux radio-web à Haïti où le Conseil national des télécommunications (Conatel) autorise le fonctionnement de 251 stations de radio. Trop nombreux pour une demi-île de 27 000 kilomètres carrés. Comme si la prolifération ne suffisait pas, soixante demandes d'autorisation pour de nouvelles stations de radio et dix-huit pour des télévisions attendent d'être analysées par le l'organe régulateur, selon des chiffres cités par AlterPresse. « Cette bande est saturée à 100% dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince, à 85% dans le Nord et à 88% dans l'Artibonite », informe le Conatel. En ce qui concerne la télévision, 71 stations ont une autorisation légale et 18 nouvelles demandes ont été reçues par le Conatel.

Quand la bande FM est saturée il ne reste que le portail Web pour créer de nouveaux médias. Directeur de Réseau 21 and Marketing Group, Caleb Desrameaux se rend à l'évidence: « Pas la peine de faire le pied de grue au ministère de l'Intérieur et au Conatel pour obtenir une fréquence en raison de la saturation de la bande FM, se résigne-t-il. Nous travaillons au lancement très bientôt de Fréquence 21, une radio-web dédiée à la culture haïtienne ». Offrir une programmation innovante est la promesse faite par le jeune entrepreneur qui rêve de conclure un partenariat avec des radios traditionnelles.

Les radios présentes sur la Toile ne sont pas exemptes de critiques de la diaspora. «Si les Haïtiens vivant à l'étranger sont le public cible des médias disponibles sur le web, il faudra forcément recycler les directeurs de programmation transformant ces radios - comme pour se donner de grands airs - en des boites à musique étrangères, se désole Raoul Altidor, coordonnateur de la Fédération américaine des professeurs. Certaines émissions - dont la rubrique Invité du jour de Radio Vision 2000 ; Intersection de Caraïbes FM ou Métro-Tempo de Radio Métropole - sont très écoutées dans la diaspora. Après les émissions de grande écoute, les auditeurs peuvent capter n'importe quelle autre fréquence étrangère, cela ne fera aucune différence». Altidor a gros sur le cœur quand il écoute des animateurs d'émissions à caractère social lisant régulièrement en ondes des versets bibliques dans une société pourtant laïque. «Pire encore, énumère-t-il, dans une même phrase, un animateur peut passer du créole au français ou vice-versa, comme si les deux langues sont complémentaires».

Claude Gilles
gonaibo73@yahoo.fr

Libération de l’un des deux journalistes détenus


Le journaliste et propriétaire de Radio Prévention, Ernst Joseph, a recouvré sa liberté dans la matinée du samedi 2 juillet 2011. Son collaborateur Wolf ’Duralph’ François est toujours détenu au commissariat de Carrefour, zone metropolitaine de Port-au-Prince, pour "diffamation", "trouble à l’ordre public" et "bris de biens publics", selon Alix Civil, commissaire du gouvernement auprès du tribunal de première instance de la ville de Petit-Goâve.

Animateurs de "Les ont dit", Ernest Joseph et Wolf ’Duralph’ François ont été convoqués au parquet de Petit-Goâve, le 22 juin 2011, suite à une pétition signée par des officiels et des membres de la société civile, pour répondre à des questions relatives à des informations et opinions émises au cours de leurs émissions. Ils ont été détenus suite à des accrochages entre ses sympathisants et les forces de l’ordre. Des pierres ont été lancées contre les locaux du parquet. C’est alors que le commissaire du gouvernement a ordonné l’arrestation d’Ernst Joseph et Wolf ’Duralph’ François, qui se trouvaient alors dans son bureau. Le commissaire du gouvernement rend les deux journalistes responsables des actes commis par certains de leurs sympathisants.

Un juge de paix a apposé des scellés le même jour sur les locaux de la station et saisi le matériel dans un véhicule de la police. Les deux journalistes ont été transférés depuis le commissariat de police de Carrefour, zone métropolitaine de Port-au-Prince.

Monday, July 4, 2011

Le chef de l’Etat noue le dialogue avec les patrons de presse

Le président haïtien, Michel Joseph Martelly, noue le dialogue avec les directeurs de médias privés, moins de deux mois après son investiture à la tête de la moitié île secouée par le violent séisme du 12 janvier 2010.

Le chef de l’État (assis, 3e de g-a-d) et des patrons de médias
Une quinzaine de directeurs d’opinion et patrons de médias de Port-au-Prince, la capitale haïtienne, ont pris part à la rencontre tenue dans l’après-midi du samedi 2 juillet 2011 à l’appartement privé du chef de l’Etat au Palais national. Cette première prise de contact depuis les élections de 2011 caractérisées par des frictions entre l’équipe de campagne de Michel Martelly et certains journalistes et médias a été cordiale à l’image du président portant une chemise rose à raies blanches et un blue-jean. Faire part, aux directeurs de médias, de la vision du Président et de la nécessité de mettre les intérêts du peuple haïtien au premier plan, est l’objectif avoué par la présidence. Cette rencontre, selon une note de son bureau de communication, a permis au Chef de l’Etat de constater combien il est possible de trouver cette synergie indispensable au changement réel qu’attend la population de ses élites.

Michel Martelly au premier plan, les patrons de médias, des visiteurs et employés du Palais national
« Il est du devoir de toutes les entités de se mettre ensemble, en dépit de certaines divergences, pour sauver ce pays qui nous est tous cher », a déclaré le président qui a pris note de la mesure et du niveau des interventions de chaque participant. Michel Martelly exprime son soutien entier aux médias et à la liberté d’expression tout en exhortant les directeurs d’opinions à utiliser le pouvoir de la presse en faveur d’un climat serein et positif dans le pays. Un tel climat permettra de rassurer ceux de l’extérieur et mettre en confiance ceux qui ont choisi de vivre ou d’investir en Haïti.

Le temps des good news ?
« Le sentiment de paix et de stabilité relative est indispensable à l’attraction des investissements et des visiteurs », a indiqué le successeur de René Préval. Depuis la réélection de ce dernier en 2006 Haïti ne cesse de progresser dans le classement mondial de la liberté de la presse élaboré annuellement par Reporters sans frontières. Ce léger mieux paraissait cependant ébranlé avec notamment des poursuites judiciaires menées pour diffamation contre au moins cinq journalistes et quatre autres ont été convoqués en qualité de témoin par un tribunal de Port-au-Prince depuis les élections controversées de 2010. Tèt Ansanm, une radio communautaire a été également incendiée dans la nuit du 20 au 21 avril dernier à Carice (Nord-Est) par des partisans de l’ancien député de la plateforme Inite Jean Berthold Bastien, battu aux législatives par la candidate Fanèse Laguerre.
Le chef de l’État, Michel Martelly (à gauche) et le PDG de Radio Télé Caraïbes, Patrick Moussignac
 Le président qui ne revient pas sur ses propos désobligeants à deux journalistes lors d’un débat électoral au Karibe Convention Center s’est présenté comme un ami de la presse et a souhaité que celle-ci se renforce pendant les 5 ans de son mandat. « Michel Martelly aime qu’on parle de lui en bien ou en mal. Cela me sert finalement », a déclaré le chef de l’Etat espérant voir la presse haïtienne s’engager en première ligne, dans le combat en faveur d’une image de marque du pays à l’étranger.

Pas d’opposition
Le président Michel Martelly (à gauche) et le PDG de Radio Solidarité, Venel Remarais
La presse ne constitue pas une opposition, mais qu’elle se doit de dire la vérité sans exagérer dans un sens comme dans l’autre, a réagit Marcus Garcia. Le directeur de Mélodie FM qui a connu la dictature des Duvalier (Roi de la censure), n’entend pas transiger sur le rôle de chien de garde que de la presse. Plusieurs organisations internationales, des médias internationaux, juge-t-il, véhiculent aussi des messages négatifs sur Haïti afin de faire leur beurre. « C’est au président de s’assurer qu’elles n’aient plus l’occasion de le faire », a conseillé l’éditorialiste de Mélodie FM. La presse, insistent d’autres responsables de médias, ne fait que son devoir en rapportant les faits.

Photos: courtoisie de la présidence

Web: deux défis majeurs

Gotson Pierre (à gauche) et Giodano Cossu
Directeur du groupe Mediaternatif, animateur d'une émission sur les nouvelles technologies et correspondant de l'agence EFE, Gotson Pierre suit depuis une décennie la révolution du web et des médias en Haïti. Interview.

Comment analyser cette évolution des médias haïtiens?

Gotson Pierre : Dans plusieurs cas-là, il s'agit d'un effet de mode, ou bien le web fait «branché». Il ne faut pas écarter le succès des médias exclusivement Internet (les agences en ligne), qui ont montré qu'il y avait une audience sur le réseau. Cependant, pour certains, on sent bien que le web est perçu comme un élément stratégique de leur politique de développement. Dans ces cas-là une démarche d'intégration et de promotion est mise en œuvre et quelques efforts sont faits pour donner au média web sa propre personnalité.

Quels sont les avantages et les inconvénients d'une telle stratégie ?

G.P : Il y a des avantages et des défis. Les avantages, tout le monde les connaît, et ils correspondent à ce qu'a apporté l'Internet à la communication en tant que moyen global de diffusion et de réception. Un des effets est la présence de la diaspora haïtienne dans les débats médiatiques sur tout ce qui concerne la vie nationale. C'est aussi une vitesse de circulation de l'information et la référence de plus en plus importante à des sources Internet dans les infos. Deux défis majeurs résident dans l'augmentation de la qualité des contenus disponibles sur le web et la rentabilisation des efforts consentis jusqu'à présent.

Est-ce un épiphénomène ou une tendance de fond ?

G.P : Le monde évolue, et il est certain qu'Haïti n'est pas en dehors des mutations technologiques observées. Malheureusement aucune politique nationale n'est encore mise en place pour accompagner les bouleversements en cours. Je pense que le rapport de la plupart des Haïtiens aux médias a changé et changera encore dans les années ou décennies à venir. Rien ne sera plus comme avant.

Le web a son écriture, différente de celle des médias traditionnels. Comment créer les ressources humaines appropriées au web ?
Une session de formation organisée du 31 mai au 9 juin 2011 au Centre opérationnel des médias
 G.P : Il faut diffuser les savoir-faire. Il faut sensibiliser les opérateurs de médias à la nécessité de monter des équipes web. Encore qu'il faudra y consacrer des ressources. Les partenaires des médias devront apprendre aussi à valoriser l'Internet médiatique, et les journalistes devront recevoir des formations spécifiques.

Et ce constat : les plus anciens dans le métier sont les plus réticents aux nouvelles technologies...

G.P : C'est une tendance qui a été observée dans plusieurs sociétés. Cependant, j'ai vu plusieurs aînés s'approprier totalement l'Internet et qui ne conçoivent pas aujourd'hui leur travail sans un ordinateur branché à Internet.

Quel rôle peuvent jouer les médias dans la reconstruction du pays ?

G.P : Les médias ont un rôle central à jouer en fournissant des informations qui contribuent à la prise de décision, en servant de médiateurs dans le cadre d'un large débat à susciter sur des choix stratégiques et en aidant à la vigilance citoyenne. En dépit de tout ce qu'ils ont déjà eu à faire, les médias ont eux aussi besoin de se refonder pour pouvoir jouer véritablement ce rôle. J'aime à dire qu'il faut réinventer le journalisme haïtien.