Saturday, November 19, 2011

Les médias d’État redeviennent séparables

La Radio et la Télévision nationale d’Haïti redeviennent deux entités séparables.

« TNH » affiche tout simplement la chaîne publique au bas de l’écran au lendemain de l’installation de Bernier Sylvain (BS) à la direction générale de la Radio nationale d’Haïti (RNH). Jusque-là, les médias d’État étaient dirigés par Pradel Henriquez au point de fusionner certains programmes sous le label de la RTNH (Radio Télévision Nationale d’Haïti).

La décision de confier la radio et la télévision à un seul directeur a été prise sous le gouvernement de Jacques-Edouard Alexis en 2006. Mais, l’expérience a été déjà faite sous la présidence éphémère de Leslie Manigat en 1987.

La Radio et la Télévision  nationale d’Haïti logeaient dans deux locaux, l’un à la rue du Magasin de l’État et l’autre entre la route de Delmas et Delmas 33. Suite au violent séisme du 12 janvier 2010 qui a secoué la bâtisse du centre-ville, la Radio nationale a été transférée au local de la chaine d’État. La façade principale du bâtiment a été, ainsi, rebaptisée RTNH.     

Attention ! On enterre un gentleman passionné, engagé...

Funerailles de Choiseul Henriquez à Gatineau, Ottawa
A l’occasion des funérailles de Choiseul Henriquez, Ministre de la Culture et de la Communication, décédé le 11 novembre 2011 sans avoir pris fonction.

Par Gotson Pierre 

Gotson Pierre, auteur de l'article
C’est le samedi 12 novembre 2011, à Fort de France (Martinique), que je suis informé du décès à Ottawa de mon ami et collègue de longue date, Choiseul Henriquez, 51 ans. Nommé ministre de la culture et de la communication, il n’a pu être installé à cause d’une crise de diabète et d’hypertension qui l’a terrassé en quelques jours.


C’est un confrère qui m’apprend la nouvelle à l’issue d’une intervention que je fais dans le cadre d’un atelier professionnel.


Terrible nouvelle. Je n’en reviens pas. Je ne peux me mettre en tête que mon compagnon des années 80 et 90 disparait de si tôt.


J’en ai les bras cassés. Je reste interloqué et ne sait quoi dire. Quelle parole prononcée quand le temps semble soudain devenir fou, nous forçant à mélanger des images du passé à ceux du présent ?


Depuis les années 2000 je n’ai pas eu l’occasion de fréquenter Choiseul. Quelques échos de ses activités de loin en loin. Je sais qu’il vivait au Canada suite à son expérience en tant que Directeur de communication au palais présidentiel durant le mandat de René Préval (1996-2001).

J’espérais qu’un jour nos chemins se recroiseraient, peut-être pour de nouvelles aventures communes, surfant sur le rêve partagé de démocratisation de la communication.
Mais voilà.

On me dit qu’il évoquait souvent mon nom. Je n’en sais rien. Mes proches témoigneront des mentions répétées que je n’ai jamais cessé de faire à propos de Choiseul à diverses occasions.


Une part de mon expérience professionnelle se détache brusquement

Aujourd’hui c’est une part de mon expérience professionnelle qui se détache brusquement. Des années de collaboration avec ce gentleman passionné, engagé, rigoureux et perfectionniste ne s’oublient pas.


Nous faisons connaissance en 1983 à Radio Port-au-Prince (1380 kHz). C’est l’époque où une nouvelle page se tourne dans la vie de cette station. Nous sommes une jeune équipe, sous la direction de Fred Brutus. Puis-je me rappeler de tous ceux qui fréquentent à l’époque la station de la rue Oswald Durand, établi dans un local à l’intérieur du stade Sylvio Cator ?


Des noms me reviennent pêle-mêle : Jacques Romulus, Georges Lys Hérard (Mastrer G), Harold Joseph, Dominique, Dérival, Norluck Dorange, André Limontas, Christophe Charles, Fritz Deshommes, Ady Jeangardy, Farah Ménard, Marline Phanord, Renaud Masséna, Clarens Renois, Frédéric Surpris, Fritz Valescot (Pitit-Fèy), Lucien Anduze, Smoye Noisy, Jean-Philippe Dalambert, Lesly Jacques, Georges Jean-Baptiste, Florence Dufort, Richard Thébaud, Ralph Delly, etc.

Parmi mes plus proches : Jacques Romulus et Choiseul Henriquez. Mes complices. Nous partageons aussi bien des soucis professionnels, des préoccupations citoyennes, que celles de jeunes hommes tenaillés par des besoins divers. C’est le moment où le pape Jean Paul II a déjà lancé son célèbre « Il faut que les choses changent ! », dont Master G fera le « sample » d’une de ses chansons au lendemain de 1986.


Les beaux jours de Radio Port-au-Prince

 En 1983, ensemble nous nous embarquons dans une expérience qui changera à jamais le visage de la radio en Haiti, malgré le creux connu par ce medium après la grande répression de 1980. Celle-ci met fin à un éclairci de « presse indépendante », avec la fermeture brutale de stations comme Radio Haiti Inter l’emprisonnement et l’expulsion de nombreux journalistes.


Choiseul participe donc pleinement à l’effort de construction d’une radio novatrice, attrayante et utile, malgré des limites imposées par le contexte politique. C’est en effet Radio Port-au-Prince qui inaugure les grandes matinales sur les ondes haïtiennes. Choiseul et moi (ainsi que d’autres) sommes à l’encrage de 6 :00 à 9 :00 AM. Trois journaux de 15 minutes que je présente à 6 :00, 7 :00 et 8 :00. A la demie, la reprise des titres et le journal sportif présenté par Choiseul. Des parties magazine économique, social, culturel.


Une voix assurée, rodée. Choiseul travaille seul et couvre l’ensemble des informations sportives. Ses « tranches » sont impeccables.


En dehors de la pression de l’heure qui passe toujours trop vite à la salle des nouvelles et au studio, nous apprenons à prendre notre temps. Dans la Mazda de Choiseul, nous arpentons la rue Oswald Durand, la rue Nicolas et le Boulevard Jean Jacques Dessalines. Nous comparons notre performance à celle des autres professionnels des ondes. Nous évoquons nos modèles haïtiens et étrangers. Les noms de Jean Dominique, Marcus Garcia, Bob Lemoine, Philippe Jean-Francois reviennent souvent. Nous sommes nostalgiques de la hardiesse des confrères et consœurs d’avant 1980. Nous apprécions, nous critiquons et nous nous remettons en question.

Choiseul me parle à l’occasion de ses débuts à Radio Indépendance aux Gonaïves (Nord), sa ville natale. C’est là qu’il exerce à la fin des années 70 et collabore en même temps avec des médias de la capitale qui sont dans la mouvance de la « presse indépendante ». Nos conversations portent également sur mes premières armes à Radio Cacique, où j’entre en novembre 1981.

A Radio Port-au-Prince, Choiseul est vite coincé dans le sport. Il ne s’en cache pas. Il fait découvrir de nouvelles dimensions de son professionnalisme et de sa créativité en adaptant chaque dimanche le célèbre magazine Carrefour, de RFI. Lire la suite
 

Monday, November 14, 2011

Décès de Choiseul Henriquez, journaliste et ministre de la Culture et de la Communication

Choiseul Henriquez, 52 ans, est succombé à une attaque cérébrale, dans la nuit 11 novembre 2011 à Ottawa (Canada) sans avoir pu prendre ses fonctions de ministre de la Culture et de la Communication du gouvernement de Garry Conille.
 
L’annonce du décès de M. Henriquez a relativement perturbé une retraite de deux jours du gouvernement – ministres et secrétaires d’État – dans un hôtel de plage, sur la côte des Arcadins. Nommé par arrêté présidentiel, Choiseul Henriquez n’a jamais pu exercer ses fonctions de ministre de la Culture et de la Communication en raison de son hospitalisation dans un centre hospitalier de Port-au-Prince.
 
Souffrant de diabète et d’hypertension artérielle l’ancien journaliste et responsable du bureau de communication de la Présidence durant le premier mandat de René Préval (1996-2001), Choiseul Henriquez a été transféré en urgence dans un hôpital au Canada après une semaine d’hospitalisation dans la capitale haïtienne.   

L’autopsie du corps devait être pratiquée afin de déterminer avec exactitude les causes du décès, selon le sénateur Kély C. Bastien. Choiseul Henriquez devrait représenter le groupe des 16 sénateurs emmenés par Joseph Lambert au sein du gouvernement de Garry Conille.  

Choiseul Henriquez était, avec ses collègues des Affaires sociales, Pierre Richel Lafaille, et de l’Environnement, Joseph Ronald Toussaint, l’un des trois représentants au sein du nouveau régime du groupe parlementaire dit des seize, majoritaire au Sénat, a rappelé radio Kiskeya. 

Natif des Gonaïves ayant émigré au Canada depuis quelque temps, a encore rappelé Kiskeya, le disparu avait débuté sa carrière de journaliste à Radio Port-au-Prince, dans les années 80, avant de devenir par la suite responsable de la 4VEH, au Cap-Haïtien, puis de la Radio Nationale d’Haïti.

Choiseul Henriquez avait aussi milité au sein du Groupe de réflexion et d’action pour la liberté de la presse (GRALIP) durant la période ayant suivi le sanglant coup d’état militaire qui, en 1991, avait renversé le Président Jean-Bertrand Aristide.

Les Haïtiens attendent plus que des chansons

Depuis mai 2011, c’est une super star du Konpa, la musique nationale haïtienne, qui préside aux destinées d’Haïti. Un reportage signé Michel Dumont et Eric Bergeron de la chaîne ARTE.

Élu à la surprise générale avec 61 % des voix, Michel Martelly, Sweet Micky pour ses fans, est un ovni dans le monde politique haïtien. Facétieux, impulsif, ses dérapages verbaux et son style direct ont rendu difficiles ses six premiers mois de présidence. Dénonçant volontiers la "dictature législative", il a dû batailler cinq mois entiers pour enfin pouvoir former son propre gouvernement.

En attendant, le petit peuple haïtien est toujours dans la souffrance. Presque deux ans après le tremblement de terre, 600.000 personnes vivent encore sous des tentes de fortune. La reconstruction se fait attendre, seuls 40% des gravats ont été déblayés. Sur les 11 milliards d’aides promis par la communauté internationale, seul un tiers a été versé. Au fil des mois, Haïti retombe dans l’indifférence générale.

Michel Martelly, le Président chanteur, n’a encore rien fait. Pourtant, il demeure populaire. Mais les Haïtiens attendent aujourd’hui plus que des chansons.

ARTE Reportage
samedi, 19 novembre 2011 à 06:00
Pas de rediffusion
(France, 2011, 42mn)
ARTE

Sunday, November 6, 2011

Monsieur le Président, un peu de respect pour la presse…

Grand reporter d‘ARTE TV, Michel Dumont exige au président Michel Joseph Martelly, un peu de respect pour la presse. Et pour cause ?


Le président Michel Martelly, des responsables et médias et employés du Palais national
Monsieur le Président,

Voilà plus de trois décennies que je parcours le monde pour exercer ce métier de journaliste qui est le mien. Haïti fait partie de ces pays que je suis depuis longtemps, un pays auquel je me suis attaché au fil des années en constatant le courage d’un peuple que rien n’a épargné : ni les éléments, ni les égarements d’hommes avides de pouvoir, d’argent et rarement du sort de leur peuple.

J’ai couvert, comme on dit dans notre jargon journalistique, les périodes Aristide, Préval. J’ai suivi la dernière campagne électorale et votre accession aux plus hautes fonctions de l’État. Et  je me suis promis de venir, six mois plus tard, constater comment un homme ne faisant pas partie du sérail politique haïtien, une super vedette du monde de la musique, avait endossé les habits de Président de la République.

J’ai donc pris contact, fin septembre, avec les services de communication du Palais. En précisant que je voulais faire un portrait de M Martelly, qu’il me faudrait pouvoir le suivre dans ses activités et bien sûr pouvoir l’interviewer. J’ai insisté sur le fait que ma chaîne de télévision n’accepterait de m’envoyer  en Haïti que si j’avais les assurances nécessaires et, seulement, à cette condition.

J’ai reçu, début octobre, l’accord de votre service de communication, avec une date d’interview fixée au 27 octobre et l’assurance que je pourrais vous suivre dans vos activités officielles.

Nous avons donc décidé de nous rendre en Haïti du 19 au 29 octobre. Le 20, j’ai rencontré votre responsable communication en charge de la presse étrangère qui m’a confirmé le rendez-vous du 27 et m’a assuré que le reportage se ferait « sans problème ». J’ai également rencontré votre porte parole. Mêmes assurances. Les jours ont défilé, à chacun de mes appels, nombreux et de plus en plus pressants, la même réponse «  pas d’inquiétude, cela va se faire ».

Et puis, subitement, silence radio. Vos collaborateurs se sont mis aux abonnés absents. Appels téléphoniques, textos, courriels sont restés lettre morte.
Je vous ai rencontré incidemment lors de l’installation de votre ministre des Affaires Étrangères. Et je me suis permis de vous interpeller en vous rappelant que j’étais en Haïti spécialement pour vous rencontrer. « Ce n’est ni le moment, ni le lieu » m’avez-vous répondu. Soit, mais le 27 j’ai appris que vous partiez aux États-Unis… Et le 29, j’ai regagné la France sans le reportage  prévu.

De mes nombreuses années de journaliste, j’ai vu des reportages ne pouvoir se faire pour telle ou telle raison mais jamais lorsque j’avais fait les demandes officielles et reçu les accords préalables et nécessaires. Ainsi en a-t-il été par exemple lorsque je suis venu en Haïti rencontrer MM Aristide, Latortue et Préval.

Je peux comprendre, Monsieur le Président que vous ayez autre chose à faire que de recevoir un journaliste de la télévision française ARTE. Mais alors pourquoi ne pas me le signifier via vos services de communication. Cela aurait permis à ma chaîne d’économiser le coût d’un voyage inutile.

Je regrette par-dessus tout le mépris de vos collaborateurs. Et leur manque de professionnalisme. Se mettre aux abonnés absents quand on se dit « communicants » quelle ironie ! Que pas un d’entre eux n’ait eu le courage et la politesse de m’informer des événements, quelle édifiante leçon !

Monsieur le Président, un peu de respect pour la presse, est-ce trop demander ?

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de ma respectueuse considération.

Michel Dumont
Grand reporter ARTE TV
michel.dumont@arte.tv

Saturday, November 5, 2011

Le jour où ma salle de rédaction s'est effondrée

Un journaliste du Nouvelliste, le plus grand et le plus prestigieux quotidien d’Haïti, raconte comment ses collègues et lui ont vécu le drame.

Par Roberson Alphonse

12 janvier 2010. Il est presque 17 heures. À la rédaction du quotidien Le Nouvelliste, rue du Centre à Port-au-Prince, l’heure de tombée est déjà passée. Le journaliste Victor Jean Junior, secoué par ce qu’il vient de voir pour son reportage, révise ses notes. Il revient de l’hôpital où le professeur Jean Anil Louis Juste, de la faculté des sciences humaines, grièvement blessé plus tôt par balle par des tueurs à moto, vient de rendre l’âme. Ce professeur marxiste-léniniste avait soutenu de manière inconditionnelle les nombreuses manifestations estudiantines émaillées d’actes de violence qui, depuis des mois, visent à obtenir le départ du recteur de l’Université d’État d’Haïti. Autour de nous, chacun s’empresse de finir son article, car les correcteurs s’impatientent. Une fin d’après-midi normale, en somme, dans la plus grande – et la plus prestigieuse – salle de rédaction d’Haïti.

Soudain, la terre tremble. Violemment. C’est tout de suite la panique parmi les journalistes. Certains sont tétanisés, d’autres filent déjà vers les escaliers, deux étages plus bas. Trois violentes secousses suivent en moins de quelques secondes. Les vitres des fenêtres volent en éclats pendant que l’on se rue dans l’escalier. Jean Max et Michael, les fils du propriétaire, Max Chauvet, sont déjà sortis de l’immeuble. On ne voit plus rien. Les particules de poussière en suspension rendent l’air irrespirable. En pleine rue, des gens lèvent les mains vers le ciel. « Dieu existe. Dieu existe. Dieu existe! », crient-ils à pleins poumons. Un sentiment de rage et de peur m’envahit.

À une cinquantaine de mètres du journal, Djemps Diomètre, le chauffeur de Ticket Magazine, une publication du groupe Le Nouvelliste, est prisonnier d’une dalle de béton qui a écrasé sa voiture. Je le vois lutter, en vain, contre la mort, lui qui revient à peine de sa lune de miel. Farida, une employée de Magik Haïti (autre publication affiliée au Nouvelliste) sort vivante du véhicule. Miracle. 

Au pénitencier national tout à côté du journal, une émeute éclate. Des rafales d’armes automatiques déchirent l’étrange silence qui s’est abattu sur la ville. Des milliers de prisonniers mettent la prison à sac avant de s’évader. À deux pas, le toit de l’imposant immeuble de la Direction générale des impôts est au même niveau que le sol. Le Palais national s’est lui aussi effondré. Tous les symboles de l’État circonscrits dans ce périmètre maudit sont à terre. 

L’insoutenable

Qui a survécu? C’est la question que chacun se pose, angoissé par la réponse. Les [téléphones] portables sont hors service. Affolés, les gens se placent instinctivement au milieu de la rue, loin des pans de mur qui risquent à tout moment de s’écrouler. Ils prient. Le drame semble raviver leur foi. Des vagues de « Jésus » proférés sur tous les tons montent de la rue comme autant de suppliques sismiques… La nuit sera longue et terrible.

Le publicitaire Ricky Juste est sous les décombres avec sa femme qui vient de mourir dans ses bras ainsi que des journalistes et des animateurs de Radio Magik 9 [membre du même groupe médiatique que Le Nouvelliste] et de Canal 11. Héroïque, Jean-Paul Elie, le directeur de la station de télévision, enjambe les débris malgré les fortes répliques pour secourir d’éventuels survivants. Frédérick Alexis, de Magik 9, sortira lui aussi des décombres plusieurs personnes, équipé d’un simple… marteau. La nuit est tombée, le temps se fait plus frisquet. Les répliques se poursuivent, incessantes, certaines plus fortes que les autres. 

À l’aide de torches ou d’un simple téléphone cellulaire, ceux qui le peuvent cherchent courageusement des survivants. Jean Robert François, reporter à Magik 9 et animateur de Ticket-Magik, est extrait des ruines. L’os frontal à l’air, l’oeil gauche tuméfié, le bras gauche en compote, il implore qu’on lui sauve la vie. Quant à Ronald Duplessis, alias Dj One, il est mort au bout de son sang, un micro planté dans son crâne…

Frantz Duval, le patron de la radio, file avec les blessés à l’Hôpital la Paix. Un seul médecin et une infirmière tentent d’y soigner des milliers de blessés. Dans la cour de l’hôpital, des cadavres gisent, abandonnés. Les répliques et les « Vive Jésus » se multiplient au rythme de l’empilement des cadavres sur les trottoirs. Certains sont recouverts de draps, d’autres gisent à même le sol. On dirait Auschwitz. Haïti vit son holocauste. En quelques secondes, plus de 220 000 personnes sont mortes.
La vie après le séisme

De nombreux journalistes et employés du journal ont perdu parents ou amis et ont été trop traumatisés pour reprendre immédiatement le collier. D’autres ont été évacués vers la République dominicaine ou les États-Unis. 

Certains journalistes ont repris leur travail quelques jours après le séisme, pour la version Web, puisque les presses sont inutilisables et que l’immeuble du journal situé rue du Centre, à un jet de pierre des ministères et du Palais national effondrés, doit faire l’objet de travaux de réfection qui devraient durer des mois. La salle de rédaction du Nouvelliste a été transférée provisoirement à Pétionville.

J’ai été le premier, trois jours après le séisme, à faire des reportages vidéo publiés sur le site Web. J’ai ensuite dû quitter le pays avec mon épouse et mes trois filles, car ma femme et ma fille adoptive ont été blessées dans l’effondrement de la maison familiale. Je suis retourné travailler en Haïti en mars. 

L’atmosphère est lourde. Le Nouvelliste n’a pas déploré de pertes en vies humaines (en attendant un rapport final sur le sort de ses centaines de facteurs), mais des parents et amis de membres du personnel sont morts ou blessés. L’un de nos neuf collègues journalistes de radio Magik 9 est mort à la suite d’une intervention chirurgicale. 

Les presses devraient être opérationnelles en avril. Nous, les journalistes, sommes encore là. Sonnés mais, à mon sens, obligés d’aller de l’avant et d’informer le public. 


* Roberson Alphonse est journaliste au quotidien Le Nouvelliste et directeur de l’information à Radio Magik 9.

Journalistes sous pression

La terre a tremblé, mais la vie – et l’information – ne prend pas de répit. Paroles de journalistes haïtiens, post-séisme.

« Je me bats avec moi-même tous les jours pour garder un moral stable afin de continuer à servir la population en l’informant », Esther Dorestal, journaliste à Radio Métropole, qui vit sous une tente depuis que sa maison a été détruite par le séisme.

« Je dois dire sincèrement que je travaille dans un état d’esprit angoissé. L’inquiétude économique des patrons nous rend inquiets pour notre avenir dans le métier », Joseph Jean Junior, journaliste à Radio Méga Star.

« J’ai commencé la construction de ma maison en 2002, pour enfin arriver à l’achever en 2009. En 2010, elle a été détruite », Rosemond Edmond, journaliste à Radio Kiskeya, qui continue à être en ondes tous les jours au 88,5.

« Depuis la catastrophe, le travail du journaliste – en tout cas pour moi – est multiplié par dix. Je consacre beaucoup plus de temps à la profession et il y a plus de pression que d’habitude », Clarens Renois, journaliste à l’AFP, à HPN et à La Voix de l’Amérique.

Avec la collaboration de Robinson Geffrard, Le Nouvelliste

Source: http://www.fpjq.org